Rechercher dans ce blog

vendredi 20 mars 2015

Un lac asséché relance le débat sur l’extinction de la mégafaune australienne


Évoquant un wombat géant, le Diprotodon était un marsupial aussi imposant qu'un hippopotame. Homme ou climat: quelles sont les causes de sa disparition ? (Dmitry Bogdanov CC-BY 3.0)

Aussi fascinante soit-elle, la faune australienne d’aujourd’hui paraîtrait bien rachitique en comparaison de ce qu’elle était à la fin du Pléistocène. Il y a encore quelques dizaines de milliers d’années, mammifères et oiseaux géants peuplaient en effet l’île-continent : il aurait fallu lever la tête pour croiser le regard de nombreux kangourous, wombats et ratites (oiseaux coureurs).

Cette mégafaune a presque entièrement disparu il y a entre 50 000 et 20 000 ans. On considère habituellement qu'il s'agit là d'une conséquence de l’arrivée d’Homo sapiens en Australie, événement datant d’environ 55 000 ans. Les mécanismes impliqués auraient été directs (surchasse) et indirects (modification profonde de la végétation par la technique du brûlis que pratiquaient les premiers Australiens). Mais les preuves sont rares et les causes de ces extinctions encore très débattues.

Une nouvelle étude publiée dans Geology ravive ces discussions en concluant que des changements climatiques sévères ont sans doute participé à la disparition de ces espèces. Les preuves viennent du lac Eyre, qui se situe au point le plus bas du pays (environ 15 m sous le niveau de la mer). De nos jours, le lac ne s'emplit qu'occasionnellement, et toujours à faible niveau. L’évaporation, intense, ne laisse souvent que de vastes étendues de sel. 
Bassin du lac Eyre (Kmusser CC-BY-SA 3.0)...
...et son sel (Jussarian CC-BY-SA 2.0)
Qu’en était-il à l’époque où la mégafaune fréquentait encore les environs ? Pour le savoir, les chercheurs ont prélevé d’anciens sédiments autour du lac actuel et le long de ses affluents. Ils les ont ensuite soumis à une technique de datation dite OSL (luminescence stimulée optiquement), couramment utilisée pour dater des minéraux.

Les résultats sont rafraîchissants : ils montrent qu'entre -130 000 et -48 000 ans, le réseau hydrographique de la région faisait du lac Eyre un « mégalac » contenant entre 285 et 400 km3 d’eau. Le système aurait ensuite connu une longue période d’assèchement progressif, faisant place au régime hydrologique intermittent que l’on connaît aujourd’hui. Même les chiffres record de ces dernières années, comme les 32 km3 d’eau enregistrés lors des crues de 1976, sont bien loin d’égaler les anciens niveaux.
Genyornis newtoni, autre représentant
disparu de la mégafaune australienne
(Nobu Tamura, CC-BY 3.0)

Le début de cette période d'aridification sévère aurait donc coïncidé avec l’expansion de l’espèce humaine et le déclin de la mégafaune. Cela va totalement à l'encontre de l'hypothèse qui prédominait jusque-là: on pensait en effet que le climat avait été trop stable à cette période pour avoir joué un rôle significatif dans la disparition des grands animaux.  

Ainsi faudra-t-il peut-être reconsidérer des éléments tenus jusqu’ici comme des preuves de l’impact des hommes sur la faune. C'est le cas par exemple des coquilles d'oeuf fossilisées de Genyornis. L'analyse de leur composition avait suggéré que ces oiseaux géants suivaient un régime alimentaire spécialisé: on a alors pensé qu'ils avaient fini par disparaître car se nourrir devenait de plus en plus difficile au fur et à mesure que les hommes façonnaient une nouvelle végétation à force de brûlis. Les auteurs ayant reconstruit l’histoire du lac Eyre ne se satisfont plus de cette interprétation. Selon eux, ce changement de végétation fatal pourrait tout aussi bien être dû à l’aridification qu’ils ont démontrée. Aussi concluent-ils qu’une combinaison de facteurs climatiques et humains, plutôt qu’une cause unique, pourrait bien être responsable de l’extinction de la mégafaune australienne. L’enquête est donc relancée, et sans doute loin d’être close !


Référence : Cohen T. J., Jansen J. D., Gliganic L. A., Larsen J. R., Nanson G. C., Andersson M., May J.-H., Jones B. G. et Price D. M. 2015 – “Hydrological transformation coincided with megafaunal extinction in central Australia”, Geology 43 :195-198 (doi: 10.1130/G36346.1).

Julien Grangier




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire